Timoteï Potisek jouait dans la cour des grands. Les funérailles du champion de motocross, décédé mardi des suites d'un accident sur le terrain Bernard-Gouvart de Loon-Plage, ont confirmé la popularité d'un pilote talentueux, fauché en pleine ascension. Des milliers de personnes, proches ou anonymes, se sont rassemblées pour un dernier applaudissement à « Tim ».
PAR ESTELLE JOLIVET
dunkerque@lavoixdunord.fr PHOTOS : JEAN-CHARLES BAYON
L'abbé Courtois, en voyant son église Saint-Éloi pleine à craquer, l'a bien résumé : « Sont rassemblés aujourd'hui des gens qui se sentent concernés par la mort de Timoteï. » Parmi la foule il y a les proches, les amis, qui pleurent un être cher. Il y a les motards, et pas seulement les pilotes de motocross, qui regrettent qu'une passion aussi dangereuse que la leur puisse parfois coûter une vie. Il y a les Dunkerquois anonymes, qui pensent que la perte d'un enfant est une épreuve si difficile qu'elle mérite qu'on apporte son soutien.
Il y a les fans, certains très jeunes, qui voyaient en Timoteï Potisek un modèle de réussite et de détermination.
La famille Potisek a choisi de partager le moment douloureux des funérailles avec tous ceux-là, en essayant d'organiser au mieux l'ultime au revoir à son champion. Un écran géant a été installé devant l'église. Les motards ont été invités à former une haie d'honneur jusqu'à la place Charles-Valentin. Même à Wormhout, ils étaient sur le bord de la route pour accompagner « Tim » jusqu'à sa dernière demeure, à Cassel. Et tout le monde a répondu présent, au terme d'une mobilisation extraordinaire qui a commencé sur Internet dès vendredi et l'annonce de l'accident.
« Tu incarnais nos valeurs et notre motivation », a estimé Mateï, le frère jumeau. « Comme souvent tu aimais le faire, tu me pousses encore cette fois au bout de moi-même. Je sais que maintenant, tu veilleras sur moi et tu me pousseras à fond », a confié Sergeï, le frère aîné. Joël Pierrache, le président d'un moto-club de Pecquencourt « anéanti », se souvient d'avoir vu Timoteï « devenir le meilleur dans cette discipline qu'il aimait tant, le sable, et qui nous fait si mal aujourd'hui. » Le grand patron de Yamaha Motor France, Jean-Claude Olivier, a lui aussi rendu hommage à un pilote « déjà entré dans la légende ».
Une foule compacte attendait le convoi funèbre à la sortie de l'église. Des dizaines de motards emmenés par Sergeï et Mateï Potisek et, derrière eux, par Arnaud Demeester et Stefan Everts, champions de motocross, se sont dirigés en silence vers la place Charles-Valentin. Puis les moteurs se sont mis à rugir, dans une odeur âcre de pots d'échappement. Les applaudissements ont surgi de toutes parts. Quelques minutes surréalistes de bruit et de fureur, pour dire la colère et la peine d'avoir quitté si tôt un frère, un pilote et un jeune homme d'exception. •